Le dandy parisien de Louis Vuitton, l’homme emmitouflé de Rick Owens, le nomade moderne d’Issey Miyake : les collections d’hiver ont oscillé entre cocon protecteur et invitation au voyage, jeudi au deuxième jour des défilés parisiens de mode masculine.

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Vuitton : honneur à Paris

Pour l’automne-hiver 2016-2017, le directeur artistique de la ligne masculine de Louis Vuitton, Kim Jones, dit « s’être inspiré de Paris. Le Paris d’avant et le Paris nouveau ». Les couleurs de la capitale forment la palette de la collection : gris anthracite et noir, marine, vert.

L’homme est un dandy portant un foulard noué en une large bande autour du cou, et des bijoux inspirés par le baron Alexis de Redé, esthète qui habitait sur l’île Saint-Louis, au coeur de Paris, où il organisait des fêtes somptueuses.

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La collection voyage dans le temps et dans l’espace : la marque Vuitton s’imprime sur les vestes et les manteaux comme un cachet de la poste sur une malle. Le voyageur porte sacs en bandoulière ou sacs à dos. Un pyjama de soie est recouvert du mot d’ordre « Volez, voguez, voyagez », qui est aussi le titre de l’exposition en cours au Grand Palais retraçant l’histoire du maroquinier de 1854 à nos jours.

Issey Miyake en Mongolie

Issey Miyake a quant à lui trouvé l’inspiration dans les steppes mongoles, pour sa collection baptisée « Neonomad ». Mise en scène au Palais de Tokyo, au milieu du sable et des herbes sèches, elle propose des silhouettes fluides qui marient élégance et confort.

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Manteaux longs et chapeaux cloche sont une constante du vestiaire signé du directeur artistique Yusuke Takahashi, qui accorde une place de choix au bordeaux et au turquoise.

Le tricot est aussi à l’honneur avec des pulls amples en mohair orange, gris ou bleus parfois portés sur des cuissards. Puis le style se fait plus urbain et sportswear avec des chemises imprimées de motifs équestres d’après des photos de Kenji Hirasawa et des costumes anthracite portés près du corps.

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Le créateur a pour cette collection utilisé une nouvelle matière mêlant crin de cheval et laine. « Quand je suis allé en Mongolie j’ai vu beaucoup de gens monter à cheval. Le vélo est pour nous l’équivalent, c’est le cheval des citadins », a commenté Yusuke Takahashi. « J’ai voulu créer des vêtements fonctionnels pour les citadins, les cyclistes, les hommes d’affaires qui voyagent. »

Rick Owens emmitouflé

Coutumier des coups d’éclat qui enflamment les réseaux sociaux, Rick Owens a présenté un show presque sage comparé à ses précédents, pour lesquels il avait notamment fait défiler des hommes au sexe dénudé ou des mannequins portant d’autres mannequins, façon harnais ou sac à dos.

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Rien de tel cette fois, avec une collection basée sur la répétition de tuniques, blousons et autres combinaisons, avec ou sans manches. Les formes restent, comme à l’accoutumée, minimalistes et monacales. Seuls le noir, le blanc et le marron (avec quelques touches d’orange) composent la palette du vestiaire.

Pour l’hiver prochain, le styliste américain voit l’homme en pantalons baggys. Il s’emmitoufle dans une doudoune asymétrique façon sac de couchage, ou dans des tuniques extra-longues de cuir, de peau ou de fourrure, drapées comme des couvertures autour du corps.

Julien David à l’aise

Julien David enveloppe lui aussi ses mannequins dans des vêtements amples aux coupes jogging, vêtement de travail ou robe de chambre. Côté matières, le trentenaire, qui habite Tokyo, alterne le « total look » denim japonais, le cachemire ou le nylon hydrofuge sur des vêtements réversibles.

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Les sweats à capuche sont portés sous des manteaux trois quarts et sur des pantalons serrés aux chevilles, des pantacourts ou des bermudas. La palette de couleurs va du noir au blanc en passant par le gris avec une touche de rose. Le tout est surmonté d’une coiffure argent en « pétard » qui détonne, signée Olivier Schawalder.

Dries Van Noten : esprit hippie

L’uniforme militaire se transforme chez Dries Van Noten, qui a voulu habiller une « armée de l’amour » avec des imprimés inspirés de l’oeuvre du graphiste Wes Wilson, connu pour ses posters psychédéliques dans le San Francisco de la fin des années 1960.

Le créateur belge a expliqué s’être inspiré de « l’atmosphère du mouvement hippie post Vietnam, avec tous ceux qui revenaient de la guerre et arrachaient leurs badges pour faire des compositions florales avec les vêtements militaires, et devenir une « army of love » ».

Les vêtements se superposent, les jupes s’additionnent aux pantalons. Les cols de fourrure et les broderies dorées viennent rehausser des blousons teddy ou manteaux à double boutonnage.

Yohji Yamamoto protecteur

Yohji Yamamoto protège les hommes des frimas de l’hiver sous plusieurs couches de vêtements et enferme leur cou à triple tour dans d’épaisses écharpes.

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« Fashion Mag »

Guillaume

Our Runway